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Interview d'Olivier Legendre, directeur d'OETH

Créée en 1997 à l’initiative de LADAPT, la SEEPH est devenue un événement incontournable en France mais bientôt également en Belgique, Espagne et Italie. Chaque année, pendant la 3e semaine de novembre, les nombreuses actions organisées contribuent à changer la perception du handicap en entreprise et dans la société.

C’est dans ce cadre qu’UNIFAF a interviewé Olivier Legendre, directeur général d’OETH (Obligation d'emploi des travailleurs handicapés).

Découvrez son interview ci-dessous :

Quelles sont les missions d’OETH ?
L’OETH a pour mission d’accompagner les établissements du secteur sanitaire, social et médico-social privé non lucratif dans leur réponse à la loi sur l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés. En effet, toute structure d’au moins 20 salariés doit employer des travailleurs handicapés dans une proportion de 6 % de son effectif.

Cet accompagnement prend concrètement la forme du financement des actions mises en place dans les établissements en faveur des personnes en situation de handicap, (formation professionnelle, aménagements de poste, actions de sensibilisation, anticipation de l’inaptitude etc)…. Nous conseillons également les établissements et les accompagnons dans la conception et la mise en œuvre de leurs projets. Toutes ces actions sont rendues possibles par la collecte des contributions des associations qui ne remplissent pas leur taux  légal d’emploi de travailleurs handicapés.

Et de manière plus générale, l’accord OETH a pour volonté d’afficher son attachement profond aux principes de non-discrimination et d’égalité de traitement, que ce soit en matière d’accès à l’emploi, de rémunération ou de formation professionnelle. Cette volonté perdure depuis maintenant plus de 25 ans.

Où en est-on dans la Branche en matière d’emploi des personnes en situation de handicap ?

Les établissements de la Branche emploient des travailleurs handicapés à hauteur de 5,54% des effectifs. Parmi ces personnes, 90% ont déclaré leur handicap au cours de leur carrière et 10% sont issus du recrutement.

 

Est-ce qu’une association qui souhaiterait se dédouaner de sa contribution volontaire parce qu’elle n’atteint pas les 6 % pourrait signer un accord ?

Toutes les associations relevant des conventions collectives 51 et 66 et convention Croix-Rouge français restent couvertes par l’accord OETH concernant leur contribution financière. En revanche rien ne les empêche de mettre en œuvre un accord d’objectifs. A titre d’information, la contribution volontaire des associations couvertes par l’accord est de 8 millions d’euros.

 

Est-ce une collecte qui baisse du fait d’un taux d’emploi assez élevé ?

Oui, tout à fait, elle a diminué de 35 % en 5 ans. En revanche, entre 2016 et 2017, elle s’est stabilisée. Mais n’oublions pas que moins il y a de collecte mieux c’est, c'est-à-dire plus il y a des personnes en situation de handicap insérées professionnellement en milieu ordinaire de travail… Même si cela signifie moins de moyens financiers pour mener des actions vers les travailleurs handicapés.

 

Vous parliez de conseil et d’accompagnement, quelles formes peuvent-ils prendre par exemple ?

OETH est une structure à taille humaine (17 salariés). L’idée n’est pas de multiplier le nombre de salariés, mais de pouvoir intervenir dans les établissements et de consacrer la majeure partie de l’argent que l’on collecte au service de ces établissements.

Nous apportons un service de conseil à nos interlocuteurs principalement par téléphone, avec à peu près 8000 contacts dans l’année. Les problématiques rencontrées  sont, pour 70 % des cas, liées au maintien dans l’emploi comme, par exemple, des difficultés suite à une visite chez le médecin du travail. Nous nous déplaçons également auprès des directions afin de les sensibiliser à la mise en place ou la pérennisation d’une politique handicap au sein de leur structure. Nous avons également mis en place des outils de sensibilisation au handicap au travail destinés aux salariés et représentants du personnel (CHSCT notamment). L’OETH met à la disposition de ses adhérents un service de conseil ponctuel, lié à une situation individuelle, ainsi qu’un conseil avec une dimension collective et structurelle, relatif à la politique d’emploi des travailleurs handicapés dans sa globalité (les salariés en poste peuvent tous être confrontés à des problématiques de santé au travail au cours de leur vie professionnelle pouvant aller jusqu’à des situations de handicap).

Comment déployez-vous vos actions ?

Notre mode d’action se déploie tout d’abord par téléphone comme on vient de le voir, puis par des interventions à la demande dans les établissements ainsi qu’au travers de la mise en place de réunions thématiques en région pour rassembler les établissements. Nous allons au premier semestre 2018, organiser une vingtaine de réunions dans toute la France sur le thème du maintien dans l’emploi. Par la suite, nous travaillerons avec les établissements pour comprendre leurs besoins et définir avec eux les prochains thèmes abordés. A ce stade, la 2ème thématique pressentie pourrait être « comment mettre en place une politique d’emploi ». Nous constatons que de plus en plus d’établissements manifestent de l’intérêt pour ces réunions.

 

L’un de vos axes de développement est de mettre en place des actions en faveur du recrutement et de l’insertion des personnes en situation de handicap. Où en est-on dans ce domaine ?

Le recrutement et de l’insertion serons pour l’OETH un axe majeur pour 2018.  

Le taux d’emploi des personnes handicapées est certes plutôt bon à 5,54 %. Mais derrière ce taux, se cachent aussi des différences, des établissements qui sont à 2 %, 3 % puis d’autres qui sont à 12%. L’idée en 2018 sera de mobiliser les acteurs de l’emploi pour proposer aux établissements des candidats compétents et reconnus travailleurs handicapés. Mais cela suppose aussi que ces établissements soient accueillants pour les travailleurs handicapés. Par exemple, si je suis reconnu travailleur handicapé et que ça ne se voit pas (c’est le cas pour 80% des personnes en situation de handicap), je ne vais pas nécessairement le dire au premier rendez-vous. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas le savoir-faire différenciateur qu’un employeur attend… On est compétent, on à un métier, on exerce par exemple la profession d’infirmer… on n’est pas handicapé. Mais si je suis face à un établissement qui exprime clairement ses volontés d’inclusion – parce qu’il a communiqué intelligemment dessus -  et bien, lorsque le salarié ira à l’entretien d’embauche, il pourra amener son expérience comme un savoir-faire positif sans cacher son handicap. Certains établissements réussissent à convaincre leurs salariés en situation de handicap de se faire reconnaître travailleurs handicapés mais ont plus de mal à recruter des candidats disposant d’une RQTH.

 

C’est pourquoi nous avons mis en place le dispositif OASIS Handicap, qui est ancré depuis 4 ans dans la politique insertion de l’accord.

Ce dispositif est naît d’une expérimentation avec l’IRTS de Montpellier avec pour objectif commun : permettre à des demandeurs d’emploi en situation de handicap d’intégrer les métiers du secteur social et médico-social et proposer aux employeurs de bénéficier des compétences de ces personnes. Ainsi, nous proposons au travers d’actions de positionnement, de remise à niveau, de remobilisation, d’approche métiers et de pré qualification, de soutenir et valider les compétences nécessaires à l’entrée dans une formation qualifiante, en vue de l’obtention d’un titre ou d’un diplôme professionnel.

Cette expérience réussie a permis la mise en place d’un partenariat avec Unaforis pour élargir le dispositif à d’autres régions de France (Ile de France, Normandie, Bourgogne-Franche Comté, Nouvelle Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes Côte d’Azur). En 2017, 84 personnes ont ainsi pu être formées et accompagner pour une insertion durable dans notre secteur. Nous souhaitons étendre cette action à l’ensemble du territoire français d’ici 2020.

 

Est-ce que vous vous appuyez sur d’autres acteurs du handicap ?

Tout à fait, nous travaillons avec les Sameth (pour la question de l’aménagement des postes et l’organisation des formations) qui sont des acteurs pouvant intervenir dans les accords (depuis début 2017). Nous travaillons également avec les Carsat (accompagnement en arrêt maladie) puis avec un acteur qui est vraiment central dans le champ du handicap : le Médecin du Travail.

Les établissements connaissent déjà ces acteurs mais ils les connaissent parfois de manière superficielle en particulier dans ce qu’ils peuvent apporter de concret. Par exemple, certains ignorent qu’il est possible de financer des formations lorsque l’on est en arrêt de travail. Les établissements n’ont pas forcément le réflexe de se renseigner sur les avantages dont leurs salariés peuvent bénéficier. 

Ils traitent d’ailleurs souvent trop tard le problème du handicap et du maintien dans l’emploi ce qui conduit parfois à des situations d’inaptitude et les solutions à ce moment-là sont difficiles à mettre en place. Le salarié n’a pu réfléchir à un nouveau projet professionnel et il se retrouve coincé, avec l’employeur. Ces situations se terminent souvent par un licenciement pour inaptitude. Notre principal message est donc d’encourager les entreprises à anticiper ces situations pour éviter de se retrouver au pied du mur !

 

Quelle forme prend votre collaboration avec la Médecine du Travail ?

Notre collaboration avec la Médecine du Travail est quasi permanente sur les dossiers. Par exemple, lorsqu’un aménagement de poste est nécessaire il nous faut impérativement – pour que le dossier passe en commission - un avis du médecin du travail.

Autre exemple, nous prenons connaissance de la demande d’un nouveau projet professionnel, la personne qui exerçait le métier d’aide-soignant veut devenir comptable, et bien il nous faudra un avis du médecin du travail pour assurer le fait que cette personne va pouvoir exercer cette nouvelle fonction de comptable. Donc c’est un partenaire sur quasiment l’ensemble des financements. Nous faisons venir les médecins du travail lorsque nous organisons des réunions d’information pour les établissements, et on essaie de faire en sorte qu’ils leur expliquent leur fonctionnement, les clefs de collaboration et de communication. Souvent, on a cette représentation un peu fermée du médecin, alors que ce sont des personnes réellement prêtes à communiquer avec les entreprises, à les visiter et à partager, échanger avec les employeurs sur les problématiques internes. L’employeur de son côté, doit montrer au médecin du travail son ambition pour la santé des salariés. Et cette ambition va rassurer le médecin du travail, ce qui va déclencher un vrai partenariat gagnant/gagnant.

 

Vous n’avez pas cité l’Agefiph, les CAP Emploi. Travaillez-vous avec ces structures ou en parallèle ?

Nous travaillons sur les mêmes sujets que l’Agefiph et partageons les mêmes objectifs. Nous pouvons également partager des projets, je pense par exemple à l’animation du réseau des référents handicap (plus de 350 formés par l’OETH depuis 2012). Nous ne sommes pas en concurrence, nous pouvons travailler ensemble.

Les CAP Emploi feront quant à eux partie de notre stratégie 2018 pour faire de l’insertion notre cheval de bataille, l’un de nos axes de développement stratégiques.

 

Et comment décririez-vous votre partenariat avec Unifaf ?

Il prend forme aujourd’hui autour de cofinancements d’actions de formation qualifiantes qui permettent aux employeurs d’avoir un reste à charge très bas en cas de reconversion par exemple. C’est très important que ce coût soit faible pour ne pas être un frein pour un employeur qui demain, ne sera pas forcément l’employeur du salarié formé car la reconversion se fera en dehors de cet établissement.

Nous cofinançons aussi des formations non qualifiantes (remises à niveau, formations en bureautique etc.) mais parfois essentielles, à 50/50.

Demain, nous aimerions développer notre partenariat avec UNIFAF dans le cadre du Conseil en Evolution Professionnelle. Les travailleurs handicapés sont des salariés comme les autres susceptibles de bénéficier du conseil en évolution professionnelle. Mais la « variable handicap » nécessite que les conseillers en évolution professionnelle sachent tenir compte de restrictions liées à leur handicap.

Nous aimerions aussi mettre en place le cofinancement d’études ou de projets communs autour de la santé et de la qualité de vie au travail, une des préoccupations majeures des établissements de la Branche aujourd’hui. 

 

Que pensez-vous de la SEEPH ? 

C’est important pour les établissements d’ancrer leurs objectifs dans l’actualité. Mais on ne peut clairement pas parler du handicap que dans le cadre d’une semaine spécifique. Finalement le handicap c’est tous les jours qu’il faudrait communiquer dessus sinon ce n’est pas opérant. Il faudrait parler des actions que l’on met en place lors de ces évènements mais bien préciser que ces dites actions se déroulent toute l’année, c’est important. Surtout pour les établissements qui mettent en place des politiques actives. Nous avons également beaucoup d’établissements qui mènent des actions de communication toute l’année grâce à notre kit de sensibilisation (http://bit.ly/2mxrtxu). C’est un outil facile à utiliser car il a été pensé pour le secteur.

 

 

Quelles sont vos actualités ?

OETH finance depuis 2016 des projets qui dépassent le cadre strict de la compensation individuelle. Nous allons lancer deux appels à projet en 2018 pour participer financièrement aux projets mis en place par les établissements dans le domaine de la qualité de vie et de la santé au travail. On sait que les établissements mènent des actions très pertinentes mais nous percevons également des établissements en difficulté dans ce domaine. De ce fait, nous nous sommes dit qu’il y avait quelque chose à faire, à partager. Il faut soutenir les établissements qui avancent sur la question de la santé au travail et faire connaître et diffuser les bonnes pratiques.

Dans un établissement qui compte 50 salariés, une dizaine sont directement concernés au quotidien par des difficultés de santé, de port de charge par exemple. Mais tous ne sont pas forcément reconnus travailleurs handicapés. La prise en compte du handicap, c’est une reconnaissance administrative, vous pouvez être en mauvaise santé et ne pas être reconnu en tant que tel. Si on ne s’occupe que des travailleurs reconnus handicapés, on ne fait pas de prévention. Or aujourd’hui, pour bien gérer l’emploi et la santé, il faut faire de la prévention. Finançons un la prévention, allons voir ce que certains établissements mettent en place, aidons les également à mettre en place des actions très opérationnelles de  prévention du handicap et diffusons-les aux autres établissements pour leur donner envie. Nous souhaitons aider les établissements à mettre en place des actions innovantes, qui puissent inspirer les autres.

 

Agrée en 1991 par le Ministère du travail, l’accord OETH est le premier accord relatif à l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés du secteur sanitaire, social et médico-social privé non lucratif. Cet accord réunit la Croix-Rouge française, la Fehap, Nexem, l’OPCA Unifaf et les organisations syndicales CFDT, CFTC, CFE-CGC, CGT et FO.